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Numero 27  -  Janvier - Fevrier 2006  

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Splendeur et nostalgie

L’Atelier, groupement d’artistes et d’écrivains alexandrins, célèbre ses 70 ans. Mais l’époque a changé, et l’association peine à trouver un second souffle.
Arts
  • Méditations sur ...
    Inspiré par le soufisme, Amr Fekry explo...

    Magdi Habachi pousse la porte qui donne sur le jardin, à l’arrière de la maison. « Ici, jusqu’en 1969, avaient lieu des concerts et des expositions. C’était le cur d’Alexandrie. » Mais en cette année d’alunissage, le propriétaire du palais Karam, rue Bassili, qui abrite encore aujourd’hui L’Atelier, décide de vendre le grand jardin à un promoteur immobilier. Le groupement d’artistes perd son théâtre naturel, sa vitrine à l’air libre. Dans ce qui reste du jardin, l’artiste Magdi Habachi espère néanmoins monter prochainement une scène de théâtre. Pour l’heure, il affiche ouvertement son amertume : « L’Atelier, aujourd’hui, c’est un fantôme. On sent que les murs ont une âme mais je ne sais pas si cette âme est toujours vivante. » L’Atelier sommeille et il n’y a qu’à voir, dans l’entrée du palais Karam, les grands canapés dans lesquels roupillent régulièrement une ou deux personnes, pour s’en convaincre. Dans cette grande maison, l’art semble vivre caché. Les ateliers de céramique, de peinture et de photographie sont au sous-sol. Le rez-de-chaussée est consacré aux expositions alors qu’à l’étage, quelques artistes louent depuis des lustres un atelier pour 50 LE par mois qu’ils occupent une fois par semaine.

    Olivier Bouisson

    Fadel Agamy, présent depuis 1956, est l’un de ces cadres. Il ouvre avec fierté la porte de son atelier. Au-dessus d’un enchevêtrement de couleurs et de chevalets, trône un nu féminin. « Je l’ai fait aux Beaux-Arts en 1959 mais depuis plus de vingt ans, on n’en fait plus »

    Les maîtres du nu

    Olivier Bouisson

    Retour en arrière. En 1935, dès sa création, les artistes de L’Atelier fondent une Ecole du nu. « Deux fois par semaine, de six à sept heures du soir, un groupe d’artistes se réunit autour d’un modèle vivant pour travailler dans une atmosphère de sérénité », peut-on lire dans le numéro de La Revue, paru en novembre 1935, entièrement consacré à L’Atelier.

    Le groupement est alors un carrefour des cultures méditerranéennes. Artistes français, grecs, italiens et quelques Egyptiens comblent alors « le vide complet dont on entoure ici la vie des arts ». Ils incarnent aussi l’idée d’une « Alexandrie nouvelle ». Ce sursaut est l’uvre du plasticien égyptien Mohamed Naghi. Lors de l’été 1933, il expose ses peintures à L’Atelier d’Athènes. Dans le même temps, l’écrivain égyptien Gaston Zananiri anime une conférence sur le modèle de cette institution grecque, qui réunit des artistes venus d’horizons divers. De cette rencontre va naître l’idée de créer semblable structure à Alexandrie.

    Olivier Bouisson

    En mars 1935, le premier conseil d’administration se réunit dans un local de la rue Missala (aujourd’hui Safeya Zaghloul). Il ne le sait pas encore, mais il va marquer de son empreinte vingt-cinq ans de vie culturelle alexandrine. Sous la houlette de son président Mohamed Naghi, L’Atelier multiplie les événements. En 1939, les sculptures d’Auguste Rodin viennent hanter les salles d’expositions, suivies par les toiles d’Edgard Degas. C’est l’époque où les artistes de L’Atelier se réunissent en complet veston et en nud papillon, pour disserter, en français, d’art et d’ouverture culturelle. Esmat Daoustachi, peintre emblématique de L’Atelier, se souvient de ses premiers pas, il y a près de quarante ans : « Au début, j’avais peur parce qu’il y avait beaucoup d’étrangers et qu’ils étaient tous très bien habillés, très classe. » De cette élite vont sortir quelques grands noms de l’art égyptien : Mahmoud Saïd, Seif ou encore Mahmoud Moussa.

    Fer de lance de l’art contemporain en Egypte, L’Atelier organise en 1955 la première Biennale d’Alexandrie, dédiée aux arts visuels. Le succès est immédiat, si bien qu’en quelques années, la manifestation égyptienne constitue avec les Biennales de Venise et Sao Paulo, l’une des trois plus importantes au monde.

    Dernier fait marquant de cette belle époque : en octobre 1956, L’Atelier prend ses quartiers, rue Bassili, dans le somptueux palais Karam. Mais le changement s’est déjà amorcé. Quatre ans plus tôt, l’Egypte de Nasser entame sa révolution. Les Européens quittent peu à peu Alexandrie et L’Atelier. En 1959, le comité tient sa première réunion en langue arabe dans une ville qui comptait jusqu’alors 600 000 francophones pour 750 000 habitants.

    Plaintes déposées

    Retour dans le présent. Il y a trois mois, les membres du groupe de théâtre ont été invités à aller jouer ailleurs, à la suite de plusieurs plaintes déposées pour tapage. Ils ont trouvé une main tendue au Centre jésuite, qui a repris la place laissée vacante par L’Atelier, auprès du jeune public. Un fait regrettable qui fait dire à Magdi Habachi que « le problème est politique ». Montrée du doigt, la présence de plus en plus forte de membres du gouvernement au sein de l’association. « Du coup, les présidents battent les vagues au lieu de ramer et il devient difficile d’assurer une continuité », poursuit l’artiste.

    Quand bien même, la volonté de dépoussiérer le palais Karam est bien là et des initiatives trouvent un épilogue heureux. Ainsi, du 16 au 24 avril, quinze artistes, français, italiens et alexandrins ont participé à un « workshop » à L’Atelier, pour préparer un travail qu’ils présenteront à la Biennale des jeunes créateurs de Naples en septembre. Parmi les partenaires, le Centre culturel français d’Alexandrie propose un point d’ancrage bienvenu. En mars, le Centre a aussi rendu hommage à Effat Naghi, la sur de Mohamed, pionnière de la peinture égyptienne contemporaine et, par la même occasion, aux 70 ans de L’Atelier.

    Forte de 450 membres, l’association a encore un poids non négligeable dans le paysage alexandrin. Malgré sa perte de vitesse, elle continue d’attirer les amateurs d’art. « On peut trouver d’autres ateliers à Alexandrie, mais pas de cette qualité », explique Ethar, étudiante à la faculté de commerce, le pinceau à la main. Comme elle, une vingtaine de personnes, des étudiants pour la majorité, viennent suivre les cours de peinture de Fadel Agamy. Juste à côté, le Camera Club attire 75 personnes alors qu’une dizaine de passionnés viennent pétrir l’argile dans l’atelier de céramique. Régulièrement, la chorale de l’association, des récitals de musique classique, des projections de films égayent la maison.

    Un événement d’envergure pourrait cependant apporter un nouveau souffle à l’association. En décembre, elle coorganise, avec tous les acteurs de la culture alexandrine, la 23e Biennale d’Alexandrie qui fêtera ses 50 ans d’existence. Une occasion en or pour redorer un blason quelque peu terni par le temps.  lr

     
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