 |  |  |  | Splendeur et nostalgie
LAtelier, groupement dartistes et décrivains alexandrins, célèbre ses 70 ans. Mais lépoque a changé, et lassociation peine à trouver un second souffle. |  |
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Magdi Habachi pousse la porte qui donne sur le jardin, à larrière de la maison. « Ici, jusquen 1969, avaient lieu des concerts et des expositions. Cétait le cur dAlexandrie. » Mais en cette année dalunissage, le propriétaire du palais Karam, rue Bassili, qui abrite encore aujourdhui LAtelier, décide de vendre le grand jardin à un promoteur immobilier. Le groupement dartistes perd son théâtre naturel, sa vitrine à lair libre. Dans ce qui reste du jardin, lartiste Magdi Habachi espère néanmoins monter prochainement une scène de théâtre. Pour lheure, il affiche ouvertement son amertume : « LAtelier, aujourdhui, cest un fantôme. On sent que les murs ont une âme mais je ne sais pas si cette âme est toujours vivante. » LAtelier sommeille et il ny a quà voir, dans lentrée du palais Karam, les grands canapés dans lesquels roupillent régulièrement une ou deux personnes, pour sen convaincre. Dans cette grande maison, lart semble vivre caché. Les ateliers de céramique, de peinture et de photographie sont au sous-sol. Le rez-de-chaussée est consacré aux expositions alors quà létage, quelques artistes louent depuis des lustres un atelier pour 50 LE par mois quils occupent une fois par semaine.  | Olivier Bouisson | |
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Fadel Agamy, présent depuis 1956, est lun de ces cadres. Il ouvre avec fierté la porte de son atelier. Au-dessus dun enchevêtrement de couleurs et de chevalets, trône un nu féminin. « Je lai fait aux Beaux-Arts en 1959 mais depuis plus de vingt ans, on nen fait plus » Les maîtres du nu  | Olivier Bouisson | |
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Retour en arrière. En 1935, dès sa création, les artistes de LAtelier fondent une Ecole du nu. « Deux fois par semaine, de six à sept heures du soir, un groupe dartistes se réunit autour dun modèle vivant pour travailler dans une atmosphère de sérénité », peut-on lire dans le numéro de La Revue, paru en novembre 1935, entièrement consacré à LAtelier. Le groupement est alors un carrefour des cultures méditerranéennes. Artistes français, grecs, italiens et quelques Egyptiens comblent alors « le vide complet dont on entoure ici la vie des arts ». Ils incarnent aussi lidée dune « Alexandrie nouvelle ». Ce sursaut est luvre du plasticien égyptien Mohamed Naghi. Lors de lété 1933, il expose ses peintures à LAtelier dAthènes. Dans le même temps, lécrivain égyptien Gaston Zananiri anime une conférence sur le modèle de cette institution grecque, qui réunit des artistes venus dhorizons divers. De cette rencontre va naître lidée de créer semblable structure à Alexandrie.  | Olivier Bouisson | |
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En mars 1935, le premier conseil dadministration se réunit dans un local de la rue Missala (aujourdhui Safeya Zaghloul). Il ne le sait pas encore, mais il va marquer de son empreinte vingt-cinq ans de vie culturelle alexandrine. Sous la houlette de son président Mohamed Naghi, LAtelier multiplie les événements. En 1939, les sculptures dAuguste Rodin viennent hanter les salles dexpositions, suivies par les toiles dEdgard Degas. Cest lépoque où les artistes de LAtelier se réunissent en complet veston et en nud papillon, pour disserter, en français, dart et douverture culturelle. Esmat Daoustachi, peintre emblématique de LAtelier, se souvient de ses premiers pas, il y a près de quarante ans : « Au début, javais peur parce quil y avait beaucoup détrangers et quils étaient tous très bien habillés, très classe. » De cette élite vont sortir quelques grands noms de lart égyptien : Mahmoud Saïd, Seif ou encore Mahmoud Moussa. Fer de lance de lart contemporain en Egypte, LAtelier organise en 1955 la première Biennale dAlexandrie, dédiée aux arts visuels. Le succès est immédiat, si bien quen quelques années, la manifestation égyptienne constitue avec les Biennales de Venise et Sao Paulo, lune des trois plus importantes au monde. Dernier fait marquant de cette belle époque : en octobre 1956, LAtelier prend ses quartiers, rue Bassili, dans le somptueux palais Karam. Mais le changement sest déjà amorcé. Quatre ans plus tôt, lEgypte de Nasser entame sa révolution. Les Européens quittent peu à peu Alexandrie et LAtelier. En 1959, le comité tient sa première réunion en langue arabe dans une ville qui comptait jusqualors 600 000 francophones pour 750 000 habitants. Plaintes déposées Retour dans le présent. Il y a trois mois, les membres du groupe de théâtre ont été invités à aller jouer ailleurs, à la suite de plusieurs plaintes déposées pour tapage. Ils ont trouvé une main tendue au Centre jésuite, qui a repris la place laissée vacante par LAtelier, auprès du jeune public. Un fait regrettable qui fait dire à Magdi Habachi que « le problème est politique ». Montrée du doigt, la présence de plus en plus forte de membres du gouvernement au sein de lassociation. « Du coup, les présidents battent les vagues au lieu de ramer et il devient difficile dassurer une continuité », poursuit lartiste. Quand bien même, la volonté de dépoussiérer le palais Karam est bien là et des initiatives trouvent un épilogue heureux. Ainsi, du 16 au 24 avril, quinze artistes, français, italiens et alexandrins ont participé à un « workshop » à LAtelier, pour préparer un travail quils présenteront à la Biennale des jeunes créateurs de Naples en septembre. Parmi les partenaires, le Centre culturel français dAlexandrie propose un point dancrage bienvenu. En mars, le Centre a aussi rendu hommage à Effat Naghi, la sur de Mohamed, pionnière de la peinture égyptienne contemporaine et, par la même occasion, aux 70 ans de LAtelier. Forte de 450 membres, lassociation a encore un poids non négligeable dans le paysage alexandrin. Malgré sa perte de vitesse, elle continue dattirer les amateurs dart. « On peut trouver dautres ateliers à Alexandrie, mais pas de cette qualité », explique Ethar, étudiante à la faculté de commerce, le pinceau à la main. Comme elle, une vingtaine de personnes, des étudiants pour la majorité, viennent suivre les cours de peinture de Fadel Agamy. Juste à côté, le Camera Club attire 75 personnes alors quune dizaine de passionnés viennent pétrir largile dans latelier de céramique. Régulièrement, la chorale de lassociation, des récitals de musique classique, des projections de films égayent la maison. Un événement denvergure pourrait cependant apporter un nouveau souffle à lassociation. En décembre, elle coorganise, avec tous les acteurs de la culture alexandrine, la 23e Biennale dAlexandrie qui fêtera ses 50 ans dexistence. Une occasion en or pour redorer un blason quelque peu terni par le temps. lr |