Jai découvert Le Caire pour la première fois en venant de Palestine, en 1995. Jy suis entré comme dans un film dAbdel-Halim, immédiatement emporté dans le tourbillon de la circulation des voitures, des regards, des sourires Cétait là où je voulais vivre, revenir, travailler!  | Après quatre années à la direction du CFCC dHéliopolis, François Pradal repart vers de nouveaux horizons. | |
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Pourtant, depuis 2001, la même question me revient: pourquoi me sentir encore étranger là où je me sens comme chez moi? Je pensais que la France avait à apporter un peu de sa liberté en échange dun peu de solidarité égyptienne. Jai été bien surpris de voir que là où tout semble interdit, tout est possible aussi, que là où tout semble en désordre, on avance quand même. Ou comme dirait Gilles Deleuze: «Ça marche en tant que cest déglingué!» Lingéniosité du détour qui permet de sortir de situations inextricables en France, de faire avancer une voiture avec trois bouts de ficelle, de faire la fête avec rien. Surpris aussi de constater que la solidarité dapparence nest pas si gratuite et sinscrit dans des règles, des clientélismes, des calculs parfois. LEgypte me fascine par sa faculté à mélanger, à créer des rencontres improbables: cest le génie du kochari. Prendre des aliments venus du monde entier pour en faire un plat proprement égyptien, savoir saisir des influences multiples venues dEurope, dAfrique, de la Méditerranée pour se réinventer sans sacculturer. Cest vraiment ce que nous voulions célébrer avec le centenaire dHéliopolis. Pourtant lEgypte, si familière, me reste étrangère. Comme un pays plus japonais quil nen a lair. Comme si létranger, objet dattention, de curiosité, quon aime éduquer, adopter, avaler parfois, devait rester toujours à la lisière de ses jardins secrets, de non-dits, de chez soi Est-ce la protection naturelle dun peuple qui a trop connu loccupation et la colonisation?
Je repars dans quelques jours, ça ne va pas être facile... Pas facile dapprendre à marcher droit, à éteindre ma cigarette, à respecter les feux rouges.  | | Je repars dans quelques jours, ça ne va pas être facile... Pas facile dapprendre à marcher droit, à éteindre ma cigarette, à respecter les feux rouges. Pas facile de ne plus me laisser bercer par le chant du muezzin, par la chaleur et la beauté des déserts, et cet amour du bordel. Pas facile de ne plus madresser au premier venu, de regarder par terre et de ne plus penser à regarder la lune. Pas facile de quitter les amis qui appellent à nimporte quelle heure du jour et de la nuit, les dérives diurnes et nocturnes. Pas facile de ne pas prendre mes désirs pour la réalité, de travailler à faire de mes désirs la réalité, de réinventer mes rêves.Jirai boire un verre au café El-Horreya, je menvolerai la nuit sur le pont du Six-Octobre et jatterrirai avec une vraie gueule de bois dans lhiver de lamour dun Paris sécuritaire. Persuadé que nous, Français, nous avons besoin dEgypte. |