«Toujours en retard, toujours pressés: voilà les Egyptiens! Il fallait commencer une campagne de communication en Egypte il y a deux ans, après la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2004 en Tunisie», regrette Hassan Mestekawi, journaliste sportif pour Al-Ahram. Le compte à rebours a commencé. Plus que quelques jours pour achever les préparatifs de la 25e édition de la CAN, prévue du 20janvier au 10 février dans quatre villes : Le Caire, Alexandrie, Port-Saïd et Ismaïlia. L’Egypte a essuyé de vives critiques quant à son manque de préparation. Alors que le pays hôte a été désigné en 2002, ce n’est qu’en mars dernier que le comité national d’organisation a été institué.  | Omar Mohsen | | Rénové pour loccasion, le Stade international du Caire accueillera notamment le match douverture Egypte-Libye et la finale. |
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Pour Taha Ismaïl, responsable du bureau de la Fédération internationale de football (Fifa) au Caire, le retard ne concerne ni les infrastructures ni l’équipe nationale. «Le manque de préparation concerne la “commercialisation” de la CAN », dit-il. Deux mois avant la compétition, peu d’indices laissaient en effet présager la tenue d’un championnat d’Afrique. En novembre, le sujet était quasiment absent des médias, et les publicités dans les rues restaient rares. Les premières affiches publicitaires, placardées par le sponsor Pepsi, ne sont apparues que fin décembre. Pour la CAN 2004, la Tunisie avait lancé sa campagne de communication presque un an à l’avance, à travers un site Internet et des brochures largement diffusées. «Le comité Tunisie 2004 m’envoyait un communiqué sur la préparation à peu près tous les deux mois », se souvient le journaliste Hassan Mestekawi. En novembre, il n’avait toujours rien reçu pour la CAN 2006. Introuvables produits dérivés
“Alors que l’Egypte a été désignée en 2002 pour accueillir la CAN, le comité d’organisationn’a été institué qu’en mars 2005.”  | | La Tunisie avait largement commercialisé les produits portant le logo «Tunisie 2004». La distribution des produits dérivés «Egypte 2006», elle, est faible, et passe presque inaperçue. Professeur à la Faculté de sciences politiques et d’économie de l’Université du Caire, Mona El-Garf avait mené une étude sur les éventuelles retombées du Mondial 2010 en Egypte – dont l’organisation a finalement été attribuée à l’Afrique du Sud. Selon elle, l’Egypte n’avait qu’une connaissance rudimentaire du marketing sportif. Cela s’était avéré un handicap lors du montage du dossier, notamment par rapport au Maroc, qui avait mieux vendu ses produits.Iman Mostafa, tour-opérateur chez 2Travel 2 Egypt, assure que les effets d’un seul mois de communication n’auront rien de comparable avec les retombées d’une longue campagne médiatique. «Lorsque l’on avance la publicité de l’événement, cela nous permet de doubler les gains», confirme Hecham Réda, directeur de 2 Travel 2 Egypt. La compagnie d’aviation EgyptAir n’a adopté que fin novembre 2005 son plan marketing pour la CAN, associant plusieurs voyagistes africains. Pour l’instant, il semble que peu de supporters aient décidé de faire le déplacement. «J’avais prévu une participation plus importante, s’étonne Tarek El-Beyali, directeur du dossier Egypte 2006 chez le voyagiste Blue Sky. Cette maigre participation est due au retard et à la faible promotion de l’événement à l’étranger.»  | | | Sélectionnée à lissue dun concours organisé par le ministère de la Jeunesse, la mascotte de la compétition ne rallie pas les suffrages. «Ils lont sûrement choisie dans la précipitation», estime Taha Ismaïl, responsable du bureau de la Fifa au Caire. |
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Alaa Abdel Aziz, coordinateur du Comité d’organisation de la CAN 2006, réagit aux critiques: «Nous avons commencé tôt mais sans rendre publics nos travaux.» Il explique que pour élaborer communiqués, brochures, et stratégie médiatique, il fallait étudier minutieusement le moment propice pour «vendre» la CAN, afin de rentabiliser le budget publicitaire. «Nous avons bien réfléchi avant de gaspiller l’argent: pourquoi dépenser des millions pour faire la promotion de l’événement au moment où tout le pays était tourné vers les élections présidentielle et législatives?» Les responsables de l’organisation ont estimé que trente à quarante jours suffisaient pour réchauffer l’Egypte et le continent africain. «Nous avons fait l’impossible pour réduire le montant consacré aux cérémonies d’ouverture et de clôture, estimé à 40 millions de livres égyptiennes», déclare Alaa Abdel Aziz. «Tout se passe comme prévu», se contentait d’affirmer en novembre le président du comité Egypte 2006, Hani Abou Rida. Alors qu’il devrait être disponible pour communiquer sur la CAN, l’homme préfère rester à l’abri des médias. «Il faudrait donner une conférence de presse sur l’évolution des préparatifs au moins tous les mois», proteste un présentateur de la chaîne Nile Sport.  | Medhat Abdel Megid | | En match de préparation, lEgypte de Mohamed Abou Trika (en rouge) sest inclinée 2-1 face à la Tunisie, le 16 novembre. |
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Selon Alaa Abdel Aziz, les six stades de la compétition sont opérationnels. L’accueil, le transport et la sécurité font l’objet d’un suivi régulier de la part des ministères concernés. Le Comité et le ministère de la Jeunesse, également en charge du sport, ont lancé un appel d’offres pour sélectionner un voyagiste prenant en charge l’accueil des joueurs et des personnalités publiques. Quant aux billets, dont 4 % du produit de la vente sont versés à la Confédération africaine de football (CAF), ils sont disponibles depuis des mois. «La vente des billets sur notre site Internet www.egypt2006.com.eg doit cesser le 15décembre. Ensuite, ils seront vendus en kiosque», expliquait en novembre Inas Mazhar, responsable des médias au comité Egypte 2006. Le prix des places varie de 10 LE (en troisième classe au premier tour) à 600 LE (en tribune officielle pour une demi-finale). Des retombées considérables
Sportfive, première agence de gestion des droits sportifs en Europe et leader mondial des droits télévisuels du football, est en charge des retransmissions télé. La société a vendu à l’ART (Radio-Télévision arabe) les droits de diffusion de la compétition en arabe et en anglais. Selon Amr Chahine, de la CAF, l’Egypte, en tant que pays organisateur, percevra 20% des droits de retransmission et du produit de la vente des espaces publicitaires dans le stade. L’Egypte pourra également diffuser les matchs de la CAN sur ses chaînes locales, mais les chaînes satellites devront avoir une autorisation préalable de l’ART pour retransmettre les matchs. «Qu’est-ce qui manque?», s’exclame le coordinateur du Comité. De fait, la CAN constitue un projet de développement pour l’Egypte. L’économiste Mohamed El-Sohragi rappelle que les pays se disputent l’accueil et l’organisation de ces événements sportifs prestigieux et populaires. Tout pays organisateur d’une manifestation comme la CAN récolte des gains considérables sur les plans économique, sportif, culturel, touristique et social. «Avec l’hôtellerie, l’afflux de devises étrangères, la visite des sites touristiques, les transports, les tickets... tout cela favorise un climat prospère, et donnera une impulsion à l’économie et au tourisme en Egypte», souligne-t-il. Outre ces gains directs, l’organisation de ce genre de compétition fournit du travail à des jeunes et à des chômeurs, attire l’attention des médias, et entretient un climat encourageant la consommation. Coupe du monde 2010: la revanche
Pour la CAF, ces grandes compétitions constituent aussi une occasion d’améliorer les infrastructures. «Nous avons rénové le Stade du Caire, et nous en avons contruit un autre, celui de Borg El-Arab, qui, j’espère, sera achevé d’ici le 20 janvier», indiquait en novembre Alaa Abdel Aziz. La CAF accorde un soutien financier et technique au pays organisateur, depuis sa désignation jusqu’à la fin de la CAN. Le Comité d’organisation est chargé de l’accueil et de l’ensemble des infrastructures –hôtellerie, stades et terrains d’entraînement. Le volet sportif et technique, comme le travail du Comité de compétition chargé des statistiques (les buts, les défaites, les victoires, les fautes ou les cartons), est du ressort de la CAF. De nombreux fans de football égyptiens voient dans la CAN 2006 l’occasion de prouver que leur pays méritait d’organiser la Coupe du monde 2010.Humiliation qui hante encore les mémoires, l’Egypte n’avait recueilli aucune voix lors du vote décisif face au Maroc et à l’Afrique du Sud. Mais responsables et journalistes sportifs affirment qu’il faut tourner la page. Pour Taha Ismaïl, « il faut rayer l’échec de 2010 de nos mémoires et ne penser qu’à une chose: sortir de la CAN avec la meilleure image possible. Il faut sensibiliser les supporters à l’importance de faire bonne figure du début à la fin de la compétition. Nos efforts d’organisation seront couronnés de succès si la sélection égyptienne réussit à se qualifier au moins pour les quarts de finale, ce qui assurera une forte affluence dans les stades.» lr |