Full Story
 

Numero 27  -  Janvier - Fevrier 2006  

  Accueil |  Sommaire |  Archives | Qui sommes-nous? | Liens | Contactez-nous | IBA media
Cherchez

Issue Mensuelle


Sommaire

  La Revue



  Accueil  |  Arts

Imprimeur AmicalEmail à un ami  

Méditations sur le divin

Inspiré par le soufisme, Amr Fekry explore dans son oeuvre l’expérience de la spiritualité. Comédien, photographe, plasticien, portrait d’un artiste touche-à-tout.

 par   Laïlla Choug

Des inscriptions calligraphiques ornent la tunique et le tarbouche — subtilement peint en vert — portés par un derviche, dans le court métrage Ya Hadret Mawlay, qui évoque les méditations sur la présence divine. Le vert, couleur de l’islam, symbolise la nature, le bien. Autre image, autre symbole. A la maison Zeinab Khatoun, la lumière, illuminant à travers des milliers de faisceaux l’intérieur de la mosquée, évoque le sentiment de transcendance, d’ouverture d’esprit et du cur exprimé dans la photographie de cette femme tournée, les yeux fermés, vers des inscriptions sacrées. Pour Amr Fekry, photographe professionnel – mais également réalisateur de courts métrages, comédien, plasticien–, la lumière, les formes, les couleurs et les mouvements sont autant de moyens d’expression du divin.

Khaled Habib
Amr Fekry, dans son appartement perché sur les toits de West El-Balad.

Amr Fekry a 27 ans. Ses lointaines origines turque et saoudienne lui dessinent un visage dont les yeux en amande et le teint mat évoquent davantage l’Inde que son pays natal, l’Egypte. Dans son humble habitat cairote, perché au sommet d’un immeuble dans la petite rue Falaki, à deux pas du tumulte de West El-Balad, il jouit d’une sérénité qui lui permet de laisser libre cours à son inspiration.

  « Le soufisme m’a permis de me libérer des illusions, à commencer par celle de la matérialité de la vie. C’est l’expression des énergies qui se trouve en toute chose que j’essaie de transmettre au public. » 
Sa rencontre avec la peinture a scellé son rapport au monde et à l’autre. Touche-à-tout, il étudie la réalisation et l’écriture de scénario au Cinéma Palace du Caire dès l’âge de 16 ans. En 2000, il présente au Festival de l’image libre organisé au Centre français de culture et de coopération (CFCC) du Caire, son premier court métrage, Loin du silence de la vie, pour lequel il obtient le premier prix dans la catégorie des films professionnels indépendants. Il y expose aussi des photographies. Alors qu’il étudie la peinture à l’Ecole des Beaux-Arts du Caire, il utilise son temps libre pour multiplier les activités artistiques. Il anime le théâtre de Saryat El-Gabal à la Citadelle en 2001, et interprète le rôle d’Omar Khayam, le célèbre poète égyptien, dans une pièce où il déclame des poèmes, chante et danse. Plus récemment, en 2005, il a joué son propre rôle dans Ithaki, du réalisateur égyptien Ibrahim El-Batout.

DR
Motifs pharaoniques et islamiques

«L’art est mon rituel, c’est aussi mon guide, l’expression de ma liberté et de ma proximité à Dieu.» Cette spiritualité, véritable source d’inspiration, provient d’une voie ésotérique de l’islam: le soufisme. «Le soufisme est comme une poésie qui parle du divin. Il est avant tout l’expérience de l’amour. Le cur ouvert, on voit tout en un et cet Un est Dieu.» Pour son ami Omar Bakry, artiste peintre, «contrairement à d’autres soufis, Amr embrasse la technologie au service de son art».

Amr Fekry
«Le cur ouvert, on voit tout en un et cet Un est Dieu.»

La recherche de cette intériorité, de cette spiritualité, transparaît dans ses uvres et fait de lui un artiste singulier. Ainsi, l’exposition Sculpture du temps, présentée au CFCC en septembre dernier, montrait une série de photographies de motifs pharaoniques et islamiques, utilisant le procédé Van Dyke, une technique ancienne de tirage. Le jeu de contraste obtenu expérimentalement entre le noir et le blanc met en valeur le dôme des mosquées, la calligraphie arabe ou les figures pharaoniques, restituant ainsi une Egypte intemporelle.

De son talent, il a su tirer une reconnaissance certaine, en Egypte et à l’étranger. La présentation en 2002 de son court métrage Ya Hadret Mawlay à la Citadelle en présence de la première dame d’Egypte, puis à Zeinab Khatoun, a constitué un tournant. La même année, Amr Fekry a montré son film en Italie, avant de s’établir en résidence d’artiste en Suisse, où il a présenté une exposition sur le concept de mandala– représentation géométrique et symbolique de l’univers– dans la culture d’ornements islamiques au Tibet. Surprenantes, les photographies reproduisent de manière entrecoupée des lieux, des individus, des formes, le tout enchevêtré et convergeant vers un large centre. De la même manière, le court métrage Installation — présenté au printemps 2005 à l’ambassade de Suisse au Caire — décrit, à travers une série de soixante photographies, un jeu de formes et de contrastes lumineux traduisant l’esprit du désert tout en faisant appel à la méditation. Pour Maysoon Mahmoud, directrice adjointe du conseil des arts Pro Helvetia, à l’ambassade de Suisse, «Amr est quelqu’un de très concerné et de très sensible à ce qui l’entoure. Pour lui rien n’est simple, il recherche la profondeur des choses.»

Amr Fekry
En 2002, Amr Fekry a présenté à Zurich une exposition autour du concept de mandala– une représentation géométrique et symbolique de l’univers.
Voie ésotérique

Cette quête du sens caché, ce goût pour la nature et ses créatures– perçues comme appartenant à une réalité ultime– symbolisent un passage, une voie ésotérique vers la connaissance et l’éveil à la présence divine. «Je vois la vie comme une unité, et mon être fait partie de cette unité, explique Amr Fekry. Le soufisme m’a permis de me libérer des illusions, à commencer par celle de la matérialité de la vie. C’est l’expression des énergies qui se trouve en toute chose que j’essaie de transmettre au public.» De cette conviction naît l’intérêt qu’Amr Fekry nourrit pour l’architecture, les temples, les icônes, mais aussi les écritures, les dessins, saisis dans leur forme la plus dépouillée et la plus spirituelle– celle du divin.

Par ce travail sur soi et sur les choses, Amr Fekry cherche à faire ressentir l’essence de l’identité égyptienne. Pour Maysoon Mahmoud, «Amr a une vue très juste et profonde sur sa propre culture d’essence religieuse et philosophique, contrairement à ceux qui se contentent d’imiter l’art occidental». Son travail sur la culture islamique naît de l’idée qu’il y a, sur la scène artistique internationale, une criante absence de l’identité égyptienne. «L’esprit de l’Egypte, comme l’atteste son histoire, est pour moi l’expérience de l’amour, de la dévotion pour le divin, mais aussi la recherche de l’énergie dans la nature, dans les symboles, que l’on retrouve dans les ornements islamiques, par exemple.» Avant d’ajouter: «J’ai le sentiment que nous sommes artistiquement et dans la vie quotidienne sous occupation occidentale. J’essaie à travers l’art d’exprimer ce qu’est réellement l’Egypte.»

Depuis un an, Amr Fekry travaille sur un scénario dans lequel il imagine un monde où le soufisme inspire la vie par la poésie, les livres, les idées, l’art. L’artiste essaie de nous décrire son monde de rêve.

 
Nos Publications  

Site developed, hosted, and maintained by Gazayerli Group Egypt