>> VILLAGE PHARAONIQUE
 | Khaled Habib | |
| Tout en carton
Laissez-vous guider à bord dune petite barque remorquée par un bateau à moteur sur le Nil. En faisant abstraction des émanations sonores et olfactives dudit moteur, vous profiterez dun spectacle étonnant: une population étrange dartisans et de paysans en costumes qui vivent encore au temps des pharaons ou plutôt, qui font semblant.  | DR | |
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«Ils ont fait du zèle pour les décors du temple, on est un peu dans le carton-pâte. Mais lendroit est bien fait » Samiha Eïd, guide conférencière.  | | Observé depuis les embarcations nonchalantes, chacun des cent acteurs-automates employés répète inlassablement un seul et même geste. Dans le village de terre reconstitué, lun fait paître ses moutons, un autre puise de leau, une femme trie le grain, un homme emmagasine les récoltes Vêtus dun uniforme pharaonique blanc et coiffés dun couvre-chef en tissu rayé rouge et blanc, le souffleur de verre, le tailleur de pierre, le maçon, le peintre, les parfumeuses, les tisseuses et le pêcheur vivent au même rythme ralenti. Vous voilà au cur du Pharaonic Village. Sur lîle aménagée par Hassan Ragab le (re)découvreur de la technique des papyrus, des centaines de visiteurs appréhendent chaque jour depuis 1984 les merveilles en toc de lEgypte antique. Conçu pour rappeler aux Egyptiens leurs racines, le projet débuta avec la plantation de plus de 5000 arbres pour séparer lîle de la ville du Caire. Lensemble coûta à lépoque pas moins de 6 millions de dollars. Vingt ans plus tard, lîle de 32 feddans (plus de 13 hectares) fourmille toujours de visiteurs: essentiellement des scolaires, quelques touristes égyptiens et arabes, mais peu dOccidentaux.  | Moina Fauchier-Delavigne | | A lombre de la falaise, les gradins de bois de léglise Saint-Simon peuvent accueillir plus de 5000 fidèles. |
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Les musées aussi se sont multipliés sur lîle. Des momies à Sadate en passant par Napoléon, tout ce qui se rapproche de près ou de loin du concept «pharaonique» a trouvé gloire à sa mesure. Vous pouvez notamment admirer une copie du tombeau de Toutankhamon. Un prêtre en tongs en plastique, peau de panthère synthétique sur lépaule, garde lentrée dune réplique de temple bariolée. «Ils ont fait du zèle pour les décors du temple, on est un peu dans le carton-pâte, concède Samiha Eïd, une guide conférencière. Mais lendroit est bien fait.»  | Mohsen Allam | | Fabriquée en 1862 par la compagnie anglaise Stephenson, la locomotive de loisir de Saïd Pacha est entièrement peinte, et décorée dornements en cuivre. |
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Mille ans après le tour de force de saint Simon, la construction de léglise a débuté à la suite de lapparition dun «message divin envoyé par un ouragan».  | | Le village entier sest transformé en une machine au marketing féroce qui emploie 250 personnes. La visite guidée est ponctuée de pauses à chaque magasin de souvenirs. Le visiteur-client peut y acheter toutes sortes de babioles: de lamphore pharaonique magique, dont le potier fait la réclame dans son atelier, jusquaux porte-clefs Simpsons fabriqués en Chine. Les amoureux, eux, peuvent réserver un bateau pour fêter leurs fiançailles ou leur mariage «à la pharaonne», déguisements inclus. Le village pharaonique (El Qari el faraoni): 3, rue El-Bahr El-Azam, sur la corniche de Giza, près du métro El Mouneeb. Entrée : à partir de 56 LE (119 LE pour les étrangers), gratuit pour les moins de 5 ans. Ouvert de 9 h à 21 h en été et de 9 h à 18 h en hiver. Tél.: 02 571 86 75/76/77. Site: http://www.touregypt.net/village/ >> EGLISE SAINT-SIMON Miracles sous roche
Un miraculeux jour du Xe siècle, saint Simon, cordonnier de son état et borgne, souleva par trois fois la colline du Moqattam devant le souverain fatimide El-Muizz Li Din Allah. A lorigine de cette prouesse technique, le pape copte de lépoque, Anba Abram, avait été mis au défi par le juif Jacob Ibn Kilis lors dun débat chez le calife: il lui fallait bouger la montagne pour prouver sa foi. Mille ans plus tard, en 1974, la construction dun sanctuaire, lépoustouflante église Saint-Simon, eut pour but dhonorer le valeureux cordonnier. Avant darriver sur les lieux, il faut traverser le quartier chrétien des zabbalines (les éboueurs du Caire). Les maisons de briques qui bordent la rue boueuse regorgent de sacs dordures à traiter. La pauvreté des habitants est saisissante. Après avoir dépassé une boucherie vendant du porc et une maison recyclant le plastique, surgit un imposant porche derrière lequel se cache une oasis de calme, au pied des falaises du Moqattam. La rue est asphaltée, impeccable, et bordée dune allée darbres. Le vaste sanctuaire de Saint-Simon compte sept églises cachées dans la roche. La principale a une façade ordinaire, décorée de mosaïques et dominée par deux petites tours carrées. Mais en entrant ou en empruntant un long tunnel, on arrive à une immense salle de 10000 mètres carrés en demi-cercle, dont les gradins de bois peuvent accueillir plus de 5000 personnes. La moitié des places sont protégées du soleil par la falaise qui surplombe léglise. Depuis 1992, les reliques de saint Simon sont conservées ici, enveloppées dans un tissu de velours rouge dans un autel en pierre blanche. Dans cette église, figurent des poèmes écrits par le pape Chenouda, en lhonneur du lieu. «Demande-lui/Comment par la foi/Jai bougé le Moqattam», peut-on lire. Du sanctuaire, malgré son apparence trop neuve, se dégage un certain parfum de miracle. Mille ans après le tour de force de saint Simon, la construction a débuté à la suite de lapparition dun «message divin envoyé par un ouragan». Les travaux furent, eux aussi, rythmés de signes divins, tous relatés en détail sur le site Internet consacré au lieu, dont «la fourniture de leau pour les travaux» ou encore «la guérison de la tête écrasée». Dans léglise de saint Paul (Bola) subsiste aussi une image miraculeuse de Jésus. Ce poster moderne au cadre abîmé a résisté à un incendie qui a ravagé lendroit et laissé jusquà aujourdhui le plafond noir de suie. A proximité de lédifice principal, des églises troglodytes sont éparpillées sur le site. Par leur forme ou leurs décors, toutes réservent des surprises. On peut même découvrir deux églises superposées, Saint-Simon et Saint-Marc, ancrées dans la roche de la montagne. Léglise supérieure comprend 2000 places, avec un espace réservé aux femmes. La notoriété du sanctuaire ne cesse de saccroître depuis trente ans. Aujourdhui, au-delà des nombreux coptes du quartier, des chrétiens de toute lEgypte y viennent en pèlerinage. On peut encore aujourdhui croiser Mario, qui a imprimé sa patte aux lieux. Depuis dix ans, il sculpte la falaise du Moqattam. Ce chrétien dorigine polonaise a déjà achevé des dizaines de bas-reliefs représentant des scènes de la Bible. «Cest la main de Dieu qui sculpte», affirme-t-il dun ton modeste, un bandana rouge couvert de poussière sur la tête. La falaise qui borde le parking est décorée de ses bas-reliefs. On peut apercevoir également la crèche grandeur nature avec Joseph, Marie, Jésus, lâne, le buf, et les trois rois mages sur le point darriver. Le soir, létoile électrique du berger brille, à côté dun étonnant panneau dinterdiction montrant un ballon barré. A quelques mètres de là, trois jeunes garçons samusent avec une balle de tennis. Pour se rendre à léglise Saint-Simon (en arabe, Samaan), demander les étables. Sous un pont routier, senfoncer dans le quartier et remonter toute la rue à flanc de colline. Demander son chemin aux habitants. Gratuit. Site: http://www.saman-church.org/ >> MUSÉE DES CHEMINS DE FER Locos à gogo
Dès lentrée, lamas de photos et de maquettes qui occupe lespace de manière quelque peu désordonnée happe le visiteur du Musée des chemins de fer. Inauguré en 1933 par le roi Farouk, ce lieu dédié à la gloire du progrès et des transports rapides touche par son charme désuet. Dans la grande salle du rez-de-chaussée, les colonnes sont ornées par une frise de photos rétro-éclairées qui représentent notamment les gares du début du XXe siècle. Pour accéder à certains clichés, il ne faut pas avoir peur de se faufiler parmi les maquettes qui se sont accumulées depuis soixante-dix ans. Essayez de retrouver la photo de la «manuvre des bufs en Basse-Egypte». Un fier paysan à moustache et canne y est encadré par deux bovidés tractant un wagon. Pour les historiens, une collection de modèles réduits, depuis lancêtre du train à vapeur du XIXe siècle jusquau modèle électrique, donne une idée des merveilles du progrès technique. Parmi les 700 pièces et objets exposés, figurent des séries insolites, comme cette jolie collection de «médailles de voyage», ancêtres des abonnements de train. Grâce à sa médaille en argent, Girgis Anton pouvait se rendre en 1910 dans «toutes les gares dEgypte, accompagné de son serviteur (en troisième classe), et dune quantité raisonnable de bagages». Dans la section des gares, une maquette géante, qui appartenait à lhomme daffaires Farghali Pacha, remplit un coin de la salle. Les trains de son grand jouet sont aujourdhui cloués au sol, mais le guide peut encore actionner le son et lumière. En plus de la série des trains miniatures, le musée conserve aussi des originaux extraordinaires, en particulier la locomotive de loisir de Saïd Pacha, fabriquée en 1862 par la compagnie anglaise Stephenson. Son propriétaire nutilisait ce bijou que pour parcourir les quelques kilomètres séparant le palais de Montazah et la gare de Sidi Gaber à Alexandrie. Il est même possible de grimper à son bord. La machine rococo est totalement peinte et décorée dornements en cuivre. Juste à côté, se trouve une impressionnante locomotive de 1906 mesurant une quinzaine de mètres de long, et qui a été coupée en deux dans le sens de la longueur pour révéler ses entrailles au public. Dans la multitude désordonnée, chacun découvre un objet différent, une photo dun viaduc du sud de la France, une remarquable maquette de la gare de Sidi Gaber protégée par un présentoir en bois verni du plus pur style des années 50, ou encore de splendides affiches de propagande touristique vantant les charmes de lEgypte, «pays du soleil». Dansla collection de photos du premier étage, laustère Abdallah El-Inglizi Pacha, premier directeur des chemins de fer égyptiens en 1853, et une belle blonde endormie dans le train de nuit. La partie sur lère pharaonique et les avions est moins amusante, mais la réplique du train du khédive Saïd, «wagon de la princesse» compris, est étonnante. A voir avant de partir, la locomotive 986, avec sa remorque de charbon, conservée dans un hangar à côté du musée. La machine serait parfaite dans un western avec cow-boys et indiens. Devant lentrée de la gare ferroviaire Ramsès, longer le bâtiment sur la droite, par le chemin de sable au bord du chantier. Entrée: 2LE pour les Egyptiens, 10LE pour les étrangers (20LE le vendredi). Ouvert de 8 h à 14 h tous les jours sauf le lundi. Tél: 02 576 37 93. lr |