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Numero 27  -  Janvier - Fevrier 2006  

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Trop sérieux, s’abstenir

Hors des sentiers touristiques rebattus, des sempiternelles pyramides de Giza et du Musée égyptien, sélection de notre Caire insolite. Trois curiosités à déconseiller aux amoureux des vieilles pierres.

 par   Moina Fauchier-Delavigne

La Revue des sorties
  • A l’ouest l’Eden...
    Une terre rouge, des villages en briques...
  • A voir...
    ...
  • Rappeur sans fro...
    En marge d’une scène hip-h...
  • guide restaurant...
    Une pure boucherie...
  • TV5...
    ...
  • TV5...
    ...

    >> VILLAGE PHARAONIQUE
    Khaled Habib
    Tout en carton

    Laissez-vous guider à bord d’une petite barque remorquée par un bateau à moteur sur le Nil. En faisant abstraction des émanations sonores et olfactives dudit moteur, vous profiterez d’un spectacle étonnant: une population étrange d’artisans et de paysans en costumes qui vivent encore au temps des pharaons – ou plutôt, qui font semblant.

    DR

      «Ils ont fait du zèle pour les décors du temple, on est un peu dans le carton-pâte. Mais l’endroit est bien fait » – Samiha Eïd, guide conférencière. 
    Observé depuis les embarcations nonchalantes, chacun des cent acteurs-automates employés répète inlassablement un seul et même geste. Dans le village de terre reconstitué, l’un fait paître ses moutons, un autre puise de l’eau, une femme trie le grain, un homme emmagasine les récoltes Vêtus d’un uniforme pharaonique blanc et coiffés d’un couvre-chef en tissu rayé rouge et blanc, le souffleur de verre, le tailleur de pierre, le maçon, le peintre, les parfumeuses, les tisseuses et le pêcheur vivent au même rythme ralenti.

    Vous voilà au cur du Pharaonic Village. Sur l’île aménagée par Hassan Ragab– le (re)découvreur de la technique des papyrus–, des centaines de visiteurs appréhendent chaque jour depuis 1984 les merveilles en toc de l’Egypte antique. Conçu pour rappeler aux Egyptiens leurs racines, le projet débuta avec la plantation de plus de 5000 arbres pour séparer l’île de la ville du Caire. L’ensemble coûta à l’époque pas moins de 6 millions de dollars. Vingt ans plus tard, l’île de 32 feddans (plus de 13 hectares) fourmille toujours de visiteurs: essentiellement des scolaires, quelques touristes égyptiens et arabes, mais peu d’Occidentaux.

    Moina Fauchier-Delavigne
    A l’ombre de la falaise, les gradins de bois de l’église Saint-Simon peuvent accueillir plus de 5000 fidèles.

    Les musées aussi se sont multipliés sur l’île. Des momies à Sadate en passant par Napoléon, tout ce qui se rapproche de près ou de loin du concept «pharaonique» a trouvé gloire à sa mesure. Vous pouvez notamment admirer une copie du tombeau de Toutankhamon.

    Un prêtre en tongs en plastique, peau de panthère synthétique sur l’épaule, garde l’entrée d’une réplique de temple bariolée. «Ils ont fait du zèle pour les décors du temple, on est un peu dans le carton-pâte, concède Samiha Eïd, une guide conférencière. Mais l’endroit est bien fait.»

    Mohsen Allam
    Fabriquée en 1862 par la compagnie anglaise Stephenson, la locomotive de loisir de Saïd Pacha est entièrement peinte, et décorée d’ornements en cuivre.

      Mille ans après le tour de force de saint Simon, la construction de l’église a débuté à la suite de l’apparition d’un «message divin envoyé par un ouragan». 
    Le village entier s’est transformé en une machine au marketing féroce qui emploie 250 personnes. La visite guidée est ponctuée de pauses à chaque magasin de souvenirs. Le visiteur-client peut y acheter toutes sortes de babioles: de l’amphore pharaonique magique, dont le potier fait la réclame dans son atelier, jusqu’aux porte-clefs Simpsons fabriqués en Chine. Les amoureux, eux, peuvent réserver un bateau pour fêter leurs fiançailles ou leur mariage «à la pharaonne», déguisements inclus.

    Le village pharaonique (El Qari’ el faraoni): 3, rue El-Bahr El-A’zam, sur la corniche de Giza, près du métro El Mouneeb.

    Entrée : à partir de 56 LE (119 LE pour les étrangers), gratuit pour les moins de 5 ans. Ouvert de 9 h à 21 h en été et de 9 h à 18 h en hiver. Tél.: 02 571 86 75/76/77. Site: http://www.touregypt.net/village/

    >> EGLISE SAINT-SIMON
    Miracles sous roche

    Un miraculeux jour du Xe siècle, saint Simon, cordonnier de son état et borgne, souleva par trois fois la colline du Moqattam devant le souverain fatimide El-Muizz Li Din Allah. A l’origine de cette prouesse technique, le pape copte de l’époque, Anba Abram, avait été mis au défi par le juif Jacob Ibn Kilis lors d’un débat chez le calife: il lui fallait bouger la montagne pour prouver sa foi. Mille ans plus tard, en 1974, la construction d’un sanctuaire, l’époustouflante église Saint-Simon, eut pour but d’honorer le valeureux cordonnier.

    Avant d’arriver sur les lieux, il faut traverser le quartier chrétien des zabbalines (les éboueurs du Caire). Les maisons de briques qui bordent la rue boueuse regorgent de sacs d’ordures à traiter. La pauvreté des habitants est saisissante. Après avoir dépassé une boucherie vendant du porc et une maison recyclant le plastique, surgit un imposant porche derrière lequel se cache une oasis de calme, au pied des falaises du Moqattam. La rue est asphaltée, impeccable, et bordée d’une allée d’arbres. Le vaste sanctuaire de Saint-Simon compte sept églises cachées dans la roche.

    La principale a une façade ordinaire, décorée de mosaïques et dominée par deux petites tours carrées. Mais en entrant ou en empruntant un long tunnel, on arrive à une immense salle de 10000 mètres carrés en demi-cercle, dont les gradins de bois peuvent accueillir plus de 5000 personnes. La moitié des places sont protégées du soleil par la falaise qui surplombe l’église.

    Depuis 1992, les reliques de saint Simon sont conservées ici, enveloppées dans un tissu de velours rouge dans un autel en pierre blanche. Dans cette église, figurent des poèmes écrits par le pape Chenouda, en l’honneur du lieu. «Demande-lui/Comment par la foi/J’ai bougé le Moqattam», peut-on lire. Du sanctuaire, malgré son apparence trop neuve, se dégage un certain parfum de miracle.

    Mille ans après le tour de force de saint Simon, la construction a débuté à la suite de l’apparition d’un «message divin envoyé par un ouragan». Les travaux furent, eux aussi, rythmés de signes divins, tous relatés en détail sur le site Internet consacré au lieu, dont «la fourniture de l’eau pour les travaux» ou encore «la guérison de la tête écrasée». Dans l’église de saint Paul (Bola) subsiste aussi une image miraculeuse de Jésus. Ce poster moderne au cadre abîmé a résisté à un incendie qui a ravagé l’endroit et laissé jusqu’à aujourd’hui le plafond noir de suie.

    A proximité de l’édifice principal, des églises troglodytes sont éparpillées sur le site. Par leur forme ou leurs décors, toutes réservent des surprises. On peut même découvrir deux églises superposées, Saint-Simon et Saint-Marc, ancrées dans la roche de la montagne. L’église supérieure comprend 2000 places, avec un espace réservé aux femmes.

    La notoriété du sanctuaire ne cesse de s’accroître depuis trente ans. Aujourd’hui, au-delà des nombreux coptes du quartier, des chrétiens de toute l’Egypte y viennent en pèlerinage.

    On peut encore aujourd’hui croiser Mario, qui a imprimé sa patte aux lieux. Depuis dix ans, il sculpte la falaise du Moqattam. Ce chrétien d’origine polonaise a déjà achevé des dizaines de bas-reliefs représentant des scènes de la Bible. «C’est la main de Dieu qui sculpte», affirme-t-il d’un ton modeste, un bandana rouge couvert de poussière sur la tête. La falaise qui borde le parking est décorée de ses bas-reliefs.

    On peut apercevoir également la crèche grandeur nature avec Joseph, Marie, Jésus, l’âne, le buf, et les trois rois mages sur le point d’arriver. Le soir, l’étoile électrique du berger brille, à côté d’un étonnant panneau d’interdiction montrant un ballon barré. A quelques mètres de là, trois jeunes garçons s’amusent avec une balle de tennis.

    Pour se rendre à l’église Saint-Simon (en arabe, Samaan), demander les étables. Sous un pont routier, s’enfoncer dans le quartier et remonter toute la rue à flanc de colline. Demander son chemin aux habitants. Gratuit. Site: http://www.saman-church.org/

    >> MUSÉE DES CHEMINS DE FER
    Locos à gogo

    Dès l’entrée, l’amas de photos et de maquettes qui occupe l’espace de manière quelque peu désordonnée happe le visiteur du Musée des chemins de fer. Inauguré en 1933 par le roi Farouk, ce lieu dédié à la gloire du progrès et des transports rapides touche par son charme désuet. Dans la grande salle du rez-de-chaussée, les colonnes sont ornées par une frise de photos rétro-éclairées qui représentent notamment les gares du début du XXe siècle. Pour accéder à certains clichés, il ne faut pas avoir peur de se faufiler parmi les maquettes qui se sont accumulées depuis soixante-dix ans. Essayez de retrouver la photo de la «manuvre des bufs en Basse-Egypte». Un fier paysan à moustache et canne y est encadré par deux bovidés tractant un wagon.

    Pour les historiens, une collection de modèles réduits, depuis l’ancêtre du train à vapeur du XIXe siècle jusqu’au modèle électrique, donne une idée des merveilles du progrès technique.

    Parmi les 700 pièces et objets exposés, figurent des séries insolites, comme cette jolie collection de «médailles de voyage», ancêtres des abonnements de train. Grâce à sa médaille en argent, Girgis Anton pouvait se rendre en 1910 dans «toutes les gares d’Egypte, accompagné de son serviteur (en troisième classe), et d’une quantité raisonnable de bagages».

    Dans la section des gares, une maquette géante, qui appartenait à l’homme d’affaires Farghali Pacha, remplit un coin de la salle. Les trains de son grand jouet sont aujourd’hui cloués au sol, mais le guide peut encore actionner le son et lumière. En plus de la série des trains miniatures, le musée conserve aussi des originaux extraordinaires, en particulier la locomotive de loisir de Saïd Pacha, fabriquée en 1862 par la compagnie anglaise Stephenson. Son propriétaire n’utilisait ce bijou que pour parcourir les quelques kilomètres séparant le palais de Montazah et la gare de Sidi Gaber à Alexandrie. Il est même possible de grimper à son bord. La machine rococo est totalement peinte et décorée d’ornements en cuivre.

    Juste à côté, se trouve une impressionnante locomotive de 1906 mesurant une quinzaine de mètres de long, et qui a été coupée en deux dans le sens de la longueur pour révéler ses entrailles au public.

    Dans la multitude désordonnée, chacun découvre un objet différent, une photo d’un viaduc du sud de la France, une remarquable maquette de la gare de Sidi Gaber protégée par un présentoir en bois verni du plus pur style des années 50, ou encore de splendides affiches de propagande touristique vantant les charmes de l’Egypte, «pays du soleil».

    Dansla collection de photos du premier étage, l’austère Abdallah El-Inglizi Pacha, premier directeur des chemins de fer égyptiens en 1853, et une belle blonde endormie dans le train de nuit. La partie sur l’ère pharaonique et les avions est moins amusante, mais la réplique du train du khédive Saïd, «wagon de la princesse» compris, est étonnante.

    A voir avant de partir, la locomotive 986, avec sa remorque de charbon, conservée dans un hangar à côté du musée. La machine serait parfaite dans un western avec cow-boys et indiens.

    Devant l’entrée de la gare ferroviaire Ramsès, longer le bâtiment sur la droite, par le chemin de sable au bord du chantier. Entrée: 2LE pour les Egyptiens, 10LE pour les étrangers (20LE le vendredi). Ouvert de 8 h à 14 h tous les jours sauf le lundi. Tél: 02 576 37 93.  lr

     
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