Tous ceux qui veulent faire du sport le peuvent», affirme Mosad Abou El-Regal, directeur de la section Sport du ministère de la Jeunesse. Et les structures – plus de 1500 clubs sportifs et quelque 4500 centres pour les jeunes, selon les statistiques du ministère – couvrent le pays, du Delta jusqu’à la Haute-Egypte, s’empresse-t-il d’ajouter. Pourtant, les chiffres sont là: moins de 10 % des Egyptiens pratiquent un sport en club.  | Matt Moyer | | «Le sport, pour un jeune, ça se résume à jouer au football dans la rue », estime Ahmed Enan, directeur général du Comité olympique égyptien. |
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«Dans les années 50 et 60, le pouvoir avait décidé de créer des champions, d’où les excellents résultats de cette période. C’est dans les années 70 que les choses ont changé, les problèmes économiques et les conflits armés ayant grandement affecté cette nouvelle culture du sport», explique pour sa part le directeur général du Comité olympique égyptien, le colonel Ahmed Enan. Surtout, poursuit-il, «aujourd’hui, il faut comprendre que l’on ne peut devenir athlète dans une culture comme la nôtre, il faut d’abord travailler, nourrir sa famille ». Depuis la création, en 1991, du programme «Le sport pour tous», le ministère a beaucoup fait pour relancer la pratique sportive, soutient Mosad Abou El-Regal. Pour lui, les cinq médailles olympiques décrochées à Athènes en 2004 montrent que l’Egypte remonte la pente. «C’est un résultat inespéré, avoue de son côté le responsable du Comité olympique national. Je n’ose pas prédire un tel succès pour 2008, tellement notre sport est désorganisé ».  | Matt Mover | |
| Performances exigées
“Il n’y a pas d’espace pour le sport dans les écoles. La meilleure façon de pratiquer demeure donc les écoles de police ou de l’armée.”  | | Ahmed Enan souligne qu’après la contre-performance des Jeux de Sydney en 2000, où le pays n’avait obtenu aucune médaille, le gouvernement a fixé des critères très stricts pour l’envoi d’athlètes aux JO. «Si les fédérations ne pouvaient garantir au moins une huitième position pour chaque athlète, alors ces derniers ne participeraient pas aux Jeux, indique-t-il. Les athlètes devaient comprendre que les JO ne sont pas des vacances.» C’est ainsi que seules 16 des 20 fédérations ont envoyé des athlètes à Athènes. | Mohsen Allam | | «Karam, on taime.» Au Caire, en 2004, de nombreux panneaux célébraient la médaille dor du lutteur Karam Gaber aux JO dAthènes. |
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Suite aux Jeux, les administrateurs des fédérations de judo, de tir à l’arc, de natation et de hockey sur gazon ont été révoqués. La raison ? Selon Mosad Abou El-Regal, ils n’ont pas respecté leurs promesses de résultats: «Ils nous avaient fait entrevoir des performances, des médailles dans certains cas, mais ils n’ont pas livré la marchandise.» Une pratique qui fait frémir le directeur général du Comité olympique: «Cela a provoqué une importante crise au sein des fédérations, mais ce n’était qu’une démonstration de force pour montrer au Parlement que la situation était sous contrôle. Pourtant, ce qui fait progresser les athlètes, ce sont les centres, les entraîneurs. Or, en Egypte, il n’y a que des volontaires pour s’occuper des fédérations. On tente de nous faire croire que ce sont les dirigeants qui sont responsables, alors que nous ne produisons pas d’athlètes de niveau international.» L’Egypte pourrait bénéficier de l’expérience de ses anciens champions, mais elle n’a pas de stratégie de reconversion au sein des fédérations. Ainsi, Mohammed Ali Reda, vice-champion olympique de boxe dans la catégorie super-lourds, et Omar El-Borolossy, champion de squash, se sont tournés vers le monde de l’entreprise, plus lucratif. 500 dollars par an
Par ailleurs, les tarifs des clubs privés étant souvent de plus de 500 dollars par an, peu de gens peuvent y accéder. Résultat: «Le sport, pour un jeune, ça se résume à jouer au football dans la rue », estime Ahmed Enan, pour qui le foot est «le sport qui tue les autres». «Trouvez-moi un jeune qui veut pratiquer un autre sport en Egypte. S’il fait de l’athlétisme, c’est pour devenir joueur de foot», déplore le directeur du Comité olympique égyptien. Mosad Abou El-Regal accuse, lui, les médias: «Chaque jour, les journaux consacrent des pages entières au football. Nous venons de remporter un titre mondial de squash, ils en parlent à peine. Comment voulez-vous intéresser les gens à d’autres sports?» Pourtant, les critiques les plus féroces affirment que le gouvernement finance le football, devenu priorité nationale, pour canaliser le peuple. Ainsi, pour la Coupe d’Afrique des nations de football, le budget des autres fédérations sportives du pays aurait été amputé de 25 % afin d’assurer la viabilité de l’événement, ce que refuse de confirmer le directeur du Sport au ministère de la Jeunesse. Un peu sportifs de salon, donc, les Egyptiens? Pour Mosad Abou El-Regal, la question ne se pose pas. «L’Egypte est le pays afro-arabe qui récolte le plus de médailles et de résultats intéressants lors d’événements internationaux. Nous sommes sixièmes du monde en volley-ball, nous avons terminé deuxièmes à Shanghai en haltérophilie, nous avons une médaille de bronze et une d’argent en judo, cinq médailles en karaté», lance-t-il en rappelant que le pays n’a pas les mêmes moyens que d’autres pour arriver à ces résultats. Voilà pour l’élite. Mais en amont? Le sport reste l’apanage d’une minorité. «Ce n’est pas la volonté qui manque, estime le colonel Ahmed Enan. Mais il n’y a pas d’espace pour le sport dans les écoles, et très peu dans les universités, sauf dans des institutions privées. La meilleure façon de pratiquer en Egypte demeure donc les écoles de police ou de l’armée.» Pour ce qui est du sport à l’école, Mosad Abou El-Regal renvoie la balle du côté du ministère de l’Education, où il dit n’avoir aucun pouvoir. Le désir d’accroître le temps consacré au sport existe, mais le manque de professeurs et d’équipements fait que les quelques heures qui lui sont consacrées dans les écoles publiques deviennent souvent des cours de mathématiques ou de langue. Cependant, le directeur des sports indique que le nouveau département des Héros olympiques –une académie pour les prodiges du sport– permettra à plusieurs jeunes d’obtenir financement et encadrement au cours des prochaines années. «Comme les gens ne pratiquent pas de sport, regrette le directeur général du Comité olympique égyptien, nous dépendons des athlètes provenant de certaines classes sociales. Ou alors, on attend vingt ans qu’une perle rare nous tombe sous la main.». lr |