 |  |  |  | Karam Gaber: «Ma patrie ma négligé»
Médaille dor aux Jeux Olympiques dAthènes en 2004, le lutteur, âgé de 26 ans, envisage de quitter le pays, voire de changer de discipline. |  |
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Licencié en lutte gréco-romaine au club Olympique dAlexandrie dans la catégorie 96 kilos, Karam Gaber a remporté de nombreux titres continentaux (Championnats dAfrique 1997, 1998, 2000, 2002, et 2005, et Jeux africains 1999), et atteint des podiums internationaux (3e aux Championnats du monde juniors en 1998, médaille dor à la Coupe du monde 2001, et 2e aux Championnats du monde 2002 et 2003), avant de décrocher à Athènes en 2004 la première médaille dor olympique égyptienne depuis cinquante-huit ans. Quel a été votre parcours après les Jeux dAthènes?
Jai la sensation de navoir rien fait depuis. Au cours des douze derniers mois, je ne me suis entraîné quirrégulièrement, léquivalent de presque 45 jours. Malgré tout, jai décroché des médailles dor aux Championnats dAfrique de lutte gréco-romaine au Maroc, en mai dernier, et aux Jeux méditerranéens 2005, en Espagne. Finalement, ma victoire aux JO a complètement changé ma vie, mais ne ma pas apporté le bonheur. On vous a accusé davoir reçu une importante prime pour cette victoire, et davoir ensuite négligé lentraînement, causant une baisse de niveau...
Mon niveau a baissé, je ne le nie pas, mais il faut dire que jéprouve un sentiment de malaise, lié au manque dattention que lon maccorde, mais aussi à de nombreuses sollicitations. La presse ne me laisse pas en paix. Dabord on fait circuler le bruit que je prends des produits dopants, ensuite on prétend que la fédération ma infligé une suspension de deux ans... Ça me gêne quon ne cesse de dire que jai touché une grosse prime; le vainqueur dune telle médaille mériterait beaucoup plus que deux millions de livres. Cette médaille, je ne lai pas obtenue par hasard, mais grâce à de longs efforts. Limportant, ce nest pas largent, cest que je puisse garder un mode de vie adapté aux exigences de la lutte professionnelle. Le bruit court que vous rencontrez des problèmes avec la Fédération égyptienne de lutte gréco-romaine
Je nai rien demandé de plus que ce à quoi jai droit. Jai besoin de participer à des camps dentraînement à létranger comme je le faisais dès lâge de 18 ans; cela maidait à perfectionner mon style en fréquentant de grands champions. Jai aussi demandé que lon maccorde un soutien financier périodique, et que lon me laisse la liberté de choisir mon entraîneur. Jai également souligné mon besoin davoir un agent pour gérer mes affaires, notamment les publicités et la presse, et de pouvoir ainsi me consacrer à lentraînement. Quand je suis parti aux Etats-Unis pour rendre visite à ma famille établie là-bas, certains ont cru que je me préparais à émigrer. Alors à mon retour, jai rencontré le président de la Fédération de lutte, Mohamed Abdel-Aal. Mais toutes mes demandes sont restées lettre morte. Je lai donc informé que je voulais méloigner un peu de la lutte gréco-romaine pour tenir mes engagements vis-à-vis de responsables japonais pour qui je dois disputer, à titre personnel, plusieurs matches de K1-fighting (discipline très violente et spectaculaire apparentée au kick-boxing, opposant des combattants de toutes les disciplines pieds/poings ndlr). Est-ce que ces différends avec la fédération expliquent votre absence aux Championnats du monde 2005?
Pourquoi négliger un championnat de cette importance juste à cause de la fédération? Malgré de multiples blessures, je pensais participer à ce championnat. Mais jétais conscient que ma réputation de champion olympique serait remise en cause en cas de mauvaise prestation; il était donc hors de question que jy participe sans décrocher de médaille. Après les JO 2004, vous aviez refusé une offre de naturalisation des Etats-Unis. Avez-vous changé davis?
Après Athènes, jai reçu plusieurs propositions: des Etats-Unis, de la Grèce, de la Suède, de la France Jy ai beaucoup réfléchi. Mais jai hésité lorsque jai senti que jétais devenu important dans mon pays. Je ne voulais pas priver les Egyptiens de ce sentiment de réussite. Et par la suite, comme ma patrie ma négligé, jai repensé à loffre des Etats-Unis, qui en plus me permettrait de rejondre ma famille. Et maintenant, que comptez-vous faire ?
Je ne vais pas mengager en lutte gréco-romaine pour un autre pays que lEgypte, mais je le ferai éventuellement dans dautres cadres, comme jenvisage de le faire au Japon. Pour linstant, en lutte, je projette de participer à la Coupe dEurope des clubs champions prévue en juillet 2006, sous le maillot dun club grec. Paralèllement, des hommes daffaires égyptiens mont contacté, craignant de me voir quitter le pays. Quelles sont vos ambitions pour lavenir ?
Dabord, remporter dautres médailles. Ensuite, me lancer dans dautres disciplines apparentées à la lutte, qui nexistent pas en Egypte, et construire une école pour les y enseigner. Jespère que le pays accordera plus dinterêt à ses meilleurs athlètes pour prévenir leur fuite vers létranger. Recueilli parMahitab Abdel Raouf |