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Numero 27  -  Janvier - Fevrier 2006  

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Karam Gaber: «Ma patrie m’a négligé»

Médaille d’or aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, le lutteur, âgé de 26 ans, envisage de quitter le pays, voire de changer de discipline.

Licencié en lutte gréco-romaine au club Olympique d’Alexandrie dans la catégorie 96 kilos, Karam Gaber a remporté de nombreux titres continentaux (Championnats d’Afrique 1997, 1998, 2000, 2002, et 2005, et Jeux africains 1999), et atteint des podiums internationaux (3e aux Championnats du monde juniors en 1998, médaille d’or à la Coupe du monde 2001, et 2e aux Championnats du monde 2002 et 2003), avant de décrocher à Athènes en 2004 la première médaille d’or olympique égyptienne depuis cinquante-huit ans.

Quel a été votre parcours après les Jeux d’Athènes?

J’ai la sensation de n’avoir rien fait depuis. Au cours des douze derniers mois, je ne me suis entraîné qu’irrégulièrement, l’équivalent de presque 45 jours. Malgré tout, j’ai décroché des médailles d’or aux Championnats d’Afrique de lutte gréco-romaine au Maroc, en mai dernier, et aux Jeux méditerranéens 2005, en Espagne. Finalement, ma victoire aux JO a complètement changé ma vie, mais ne m’a pas apporté le bonheur.

On vous a accusé d’avoir reçu une importante prime pour cette victoire, et d’avoir ensuite négligé l’entraînement, causant une baisse de niveau...

Mon niveau a baissé, je ne le nie pas, mais il faut dire que j’éprouve un sentiment de malaise, lié au manque d’attention que l’on m’accorde, mais aussi à de nombreuses sollicitations. La presse ne me laisse pas en paix. D’abord on fait circuler le bruit que je prends des produits dopants, ensuite on prétend que la fédération m’a infligé une suspension de deux ans... Ça me gêne qu’on ne cesse de dire que j’ai touché une grosse prime; le vainqueur d’une telle médaille mériterait beaucoup plus que deux millions de livres. Cette médaille, je ne l’ai pas obtenue par hasard, mais grâce à de longs efforts. L’important, ce n’est pas l’argent, c’est que je puisse garder un mode de vie adapté aux exigences de la lutte professionnelle.

Le bruit court que vous rencontrez des problèmes avec la Fédération égyptienne de lutte gréco-romaine

Je n’ai rien demandé de plus que ce à quoi j’ai droit. J’ai besoin de participer à des camps d’entraînement à l’étranger comme je le faisais dès l’âge de 18 ans; cela m’aidait à perfectionner mon style en fréquentant de grands champions. J’ai aussi demandé que l’on m’accorde un soutien financier périodique, et que l’on me laisse la liberté de choisir mon entraîneur. J’ai également souligné mon besoin d’avoir un agent pour gérer mes affaires, notamment les publicités et la presse, et de pouvoir ainsi me consacrer à l’entraînement.

Quand je suis parti aux Etats-Unis pour rendre visite à ma famille établie là-bas, certains ont cru que je me préparais à émigrer. Alors à mon retour, j’ai rencontré le président de la Fédération de lutte, Mohamed Abdel-Aal. Mais toutes mes demandes sont restées lettre morte. Je l’ai donc informé que je voulais m’éloigner un peu de la lutte gréco-romaine pour tenir mes engagements vis-à-vis de responsables japonais pour qui je dois disputer, à titre personnel, plusieurs matches de K1-fighting (discipline très violente et spectaculaire apparentée au kick-boxing, opposant des combattants de toutes les disciplines pieds/poings — ndlr).

Est-ce que ces différends avec la fédération expliquent votre absence aux Championnats du monde 2005?

Pourquoi négliger un championnat de cette importance juste à cause de la fédération? Malgré de multiples blessures, je pensais participer à ce championnat. Mais j’étais conscient que ma réputation de champion olympique serait remise en cause en cas de mauvaise prestation; il était donc hors de question que j’y participe sans décrocher de médaille.

Après les JO 2004, vous aviez refusé une offre de naturalisation des Etats-Unis. Avez-vous changé d’avis?

Après Athènes, j’ai reçu plusieurs propositions: des Etats-Unis, de la Grèce, de la Suède, de la France J’y ai beaucoup réfléchi. Mais j’ai hésité lorsque j’ai senti que j’étais devenu important dans mon pays. Je ne voulais pas priver les Egyptiens de ce sentiment de réussite. Et par la suite, comme ma patrie m’a négligé, j’ai repensé à l’offre des Etats-Unis, qui en plus me permettrait de rejondre ma famille.

Et maintenant, que comptez-vous faire ?

Je ne vais pas m’engager en lutte gréco-romaine pour un autre pays que l’Egypte, mais je le ferai éventuellement dans d’autres cadres, comme j’envisage de le faire au Japon. Pour l’instant, en lutte, je projette de participer à la Coupe d’Europe des clubs champions prévue en juillet 2006, sous le maillot d’un club grec. Paralèllement, des hommes d’affaires égyptiens m’ont contacté, craignant de me voir quitter le pays.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?

D’abord, remporter d’autres médailles. Ensuite, me lancer dans d’autres disciplines apparentées à la lutte, qui n’existent pas en Egypte, et construire une école pour les y enseigner. J’espère que le pays accordera plus d’interêt à ses meilleurs athlètes pour prévenir leur fuite vers l’étranger.

Recueilli parMahitab Abdel Raouf

 
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